La pêche à la turlutte est une pratique fascinante qui séduit un nombre croissant de passionnés le long des côtes françaises, que ce soit en Méditerranée, sur le littoral Atlantique ou en Manche. Cette technique de pêche, à la fois simple dans son principe et subtile dans son exécution, cible spécifiquement les céphalopodes. Elle offre une alternative captivante aux montages plus classiques, en se concentrant sur la capture de la seiche, du calamar et de l’encornet. L’art consiste à animer un leurre spécifique, la turlutte, pour imiter la nage d’une proie et déclencher l’attaque de ces prédateurs marins. Le succès repose sur une bonne connaissance du matériel, une observation attentive de l’environnement et une gestuelle précise. C’est une pêche de sensation, où chaque touche, souvent discrète, doit être perçue par le pêcheur pour ferrer au bon moment et réussir à capturer ces créatures aux réactions uniques.
Portrait de la seiche : connaître sa proie pour mieux la pêcher
La seiche, ou Sepia officinalis, est un mollusque céphalopode qui partage des similitudes avec le poulpe et les calmars. Dotée d’une tête proéminente avec deux grands yeux sophistiqués, elle possède une vision remarquable, particulièrement sensible aux contrastes, ce qui en fait un prédateur redoutable. Son corps est pourvu de huit bras et de deux longs tentacules rétractiles qu’elle déploie avec une vitesse fulgurante pour saisir ses proies, principalement des crustacés comme les crabes et les crevettes, ainsi que de petits poissons. Très curieuse, elle n’hésite pas à parcourir plusieurs mètres pour inspecter un leurre qui a piqué son intérêt.
On la rencontre sur une grande variété de fonds marins, bien qu’elle montre une nette préférence pour les substrats meubles, comme le sable ou les zones coquillières, situés à proximité d’enrochements. C’est dans ces zones mixtes qu’elle trouve refuge et chasse. Pour se défendre, la seiche projette un nuage d’encre, un liquide noir qui trouble l’eau et lui permet de s’échapper. Sa vie est courte, s’étendant sur environ deux ans. Après la période de reproduction au printemps près des côtes, de nombreux adultes meurent, expliquant la présence fréquente d’os de seiche échoués sur les plages.
L’équipement de pêche essentiel pour la turlutte
Se lancer dans la pêche à la turlutte ne requiert pas un investissement colossal, mais un choix judicieux de l’équipement de pêche est déterminant pour le succès et le plaisir de la session. La cohérence de l’ensemble canne-moulinet-ligne-leurre est la clé pour ressentir les touches les plus subtiles et maîtriser le combat.
Choisir sa canne, son moulinet et ses accessoires
Pour la pêche du bord, notamment depuis des postes en hauteur comme une digue, une jetée ou une pointe rocheuse, une canne d’une longueur comprise entre 2,70 et 3,50 mètres est idéale. Elle offre le levier nécessaire pour animer correctement le leurre et pour extraire la prise de l’eau en toute sécurité. Le moulinet sera garni d’un nylon d’environ 40 centièmes ou d’une tresse plus fine, offrant une meilleure sensibilité. L’équipement de base du pêcheur de seiche inclut également des accessoires indispensables :
- Un seau pour conserver les captures.
- Une épuisette à long manche, cruciale pour sortir la seiche de l’eau sans risquer la casse et pour gérer le fameux jet d’encre à distance.
- Un chiffon pour se nettoyer les mains.
- Un émerillon agrafe de petite taille pour fixer rapidement la turlutte.
La turlutte : un leurre aux multiples facettes
La turlutte est le cœur de cette technique. Ce leurre imite généralement une crevette ou un petit poisson, proies favorites des céphalopodes. Contrairement aux appâts naturels, elle est réutilisable et se décline en une infinité de modèles. Certains sont lestés pour une utilisation directe, tandis que d’autres sont flottants et s’intègrent dans des montages plus complexes. La turlutte est munie à son extrémité d’une couronne de piquants, appelée « panier », qui accroche la seiche lorsqu’elle s’en saisit. Certains modèles possèdent même des piquants sur le dos pour éviter les décrochages lorsque l’animal attaque le leurre par le milieu.

Maîtriser les techniques de pêche à la turlutte du bord
Si le principe est simple, l’efficacité de cette pêche repose sur la maîtrise de l’animation du leurre et le choix du bon montage. Deux approches principales se distinguent pour la pêche depuis le rivage.
La méthode simple : la turlutte lestée en lancer-ramener
Cette technique est la plus accessible. Elle consiste à attacher une turlutte plombée directement au corps de ligne via une agrafe. Le geste consiste à lancer le leurre, le laisser descendre lentement vers le fond, puis à l’animer par une succession de petites tractions (twitches) entrecoupées de pauses. La seiche attaque très souvent durant ces pauses, lorsque le leurre redescend. La touche se manifeste par une sensation de lourdeur sur la ligne. Il faut alors ferrer amplement mais sans brutalité et ramener la ligne de manière continue, sans jamais relâcher la tension, au risque de perdre la prise.
Le montage à la tirette : une approche plus fine pour les fonds encombrés
Pour les pêcheurs plus expérimentés ou lorsque les fonds sont rocailleux, le montage à la tirette avec une turlutte flottante est une excellente option. Ce montage permet de faire évoluer le leurre juste au-dessus du fond, minimisant les accrocs. Un plomb, souvent de type « montre » pour sa stabilité, est fixé au bout de la ligne. La turlutte est montée sur une potence de 50 cm à 1 mètre au-dessus du plomb. Il est conseillé d’utiliser un fil plus fin pour attacher le plomb (un « cassant »), ce qui permet de ne sacrifier que ce dernier en cas d’accroche. L’animation consiste à traîner très lentement le montage sur le fond. Cette technique de pêche demande un grand doigté pour « sentir » le fond et la touche discrète de la seiche.
Spots, saisonnalité et réglementation de la pêche à la seiche
Le succès de la pêche à la seiche est intimement lié au respect de sa saisonnalité et au choix des bons postes. Les seiches s’approchent des côtes au printemps pour se reproduire, ce qui en fait la période la plus propice pour les capturer du bord. En hiver, elles migrent vers des eaux plus profondes et sont plus difficiles d’accès pour le pêcheur de loisir. La pêche peut se pratiquer de jour comme de nuit, cette dernière étant souvent plus productive, car les céphalopodes sont des chasseurs nocturnes. Il est intéressant de noter que la connaissance des cycles de vie des différentes espèces peut améliorer vos sorties, tout comme c’est le cas pour d’autres prédateurs côtiers tels que l’orphie, ou poisson-aiguille.
Il est également essentiel de se renseigner sur la réglementation locale. Par exemple, dans le périmètre du Parc Naturel Marin du Golfe du Lion, la pêche de loisir est soumise à des quotas stricts pour préserver la ressource, fixés à 10 prises par jour et par pêcheur.
| Saison | Comportement de la seiche | Meilleurs spots de pêche du bord |
|---|---|---|
| Printemps (Mars à Juin) | Rapprochement des côtes pour la reproduction. Activité maximale. | Digues, jetées, entrées de port, pointes rocheuses bordant des fonds sableux. |
| Été (Juillet à Septembre) | Les adultes meurent, les jeunes (sépions) sont présents mais plus petits. | Mêmes postes qu’au printemps, mais les prises sont souvent plus petites. |
| Automne (Octobre à Décembre) | Les jeunes ont grossi. Activité encore bonne avant le départ vers le large. | Postes abrités, ports et zones rocheuses profondes. |
| Hiver (Janvier à Février) | Migration vers des eaux plus profondes et plus chaudes. Pêche difficile du bord. | La pêche en bateau est plus indiquée. Les prises du bord sont rares. |

Âgé de 49 ans, passionné par le travail du bois, je suis artisan ébéniste depuis plusieurs années. J’aime transformer des idées en objets uniques et sur-mesure, alliant savoir-faire traditionnel et créativité. Je suis également passionné de pêche depuis enfants, j’ai commencé avec mon grand père qui m’a transmis toutes ses astuces.